Rebetiko. Un peu d’histoire

28 Juil

Nés au début du siècle dans les communautés grecques d’Asie mineure pour s’étendre ensuite à toute la Grèce, la musique et les chants dits « rebetika » sont une des créations les plus originales et les plus spécifiques de la culture grecque d’aujourd’hui. Comme le blues, le fado ou le tango, le rebetiko est initialement le cri des marginaux, la plainte des esseulés et des laissés-pour-contre. Il prend racine dans la musique qu’on joue dans les « Kafe Aman » des côtes d’Asie mineure et de Constantinople, ou encore dans les lamentations des prisonniers. Au début des années 1920, le rebetiko arrive en Grèce dans les bagages d’un million de Grecs chassés de leur terre natale, lors de l’échange des populations grecques et turques ordonné par le traité de Lausanne du 24 juillet 1923 (1,6 millions de Grecs contre 385 000 musulmans de Grèce). Etrangers au sein de leur propre patrie, confrontés au chômage, à la pauvreté et même à une forme de racisme, ils se réfugient dans leur musique, qui prend alors son véritable essor, principalement dans les quartiers populaires d’Athènes (au Pirée), de Thessalonique et dans l’île de Syros. A cette période, les thèmes abordés dans les rebetika se réfèrent à l’amour et à des comportements défiant la loi (consommation de haschich et de cocaïne, prison, prostitution) Lors de la catastrophe d’Asie mineure, beaucoup de Grecs émigrent également aux USA emmenant avec eux le rebetiko et les traditions musicales de Smyrne. Dès les années 1920, des rebetika sont enregistrés aux USA, avant même qu’en Grèce, où les premiers rebetika, de Markos Vamvakaris, ne seront gravés qu’en 1932. La renommée de certains rebetika « américains » a traversé les âges, ainsi Misirlou, ( « Egyptienne » en grec) la bande son du film Pulp Fiction, de Quentin Tarantino (1994) est une adaptation d’un rebetiko de 1927 ! En 1936, lorsque le dictateur Ioannis Metaxas prend le pouvoir en Grèce et qu’il installe la censure, les paroles des chansons s’adaptent aux nouvelles règles et toutes les références aux drogues disparaissent peu à peu. Malgré tout on continue d’écrire des textes sulfureux, tout au moins jusqu’à l’invasion de la Grèce par les Allemands en 1941, où sous l’occupation tous les enregistrements cessent. Après la libération de la Grèce, le rebetiko se popularise et sort des bas-fonds de la société où il était confiné jusqu’alors. Il parle toujours des joies et des peines de l’amour, mais aborde aussi les problèmes sociaux. Les principaux instruments du rebetiko sont le bouzouki et le baglama (instruments de la famille des luths, à cordes pincées) Ils peuvent être accompagnés par le violon, le tsouras, la guitare et le toumbeleke. Le bouzouki a été largement adopté par les grands compositeurs grecs contemporains, dont Mikis Theodorakis et Manos Hadjidakis. Dans certains anciens enregistrements on entend même le son d’un verre frotté, qui n’est en fait que le son produit par le contact d’un komboloï* et d’un verre. *Sorte de chapelet composé de 16 à 20 perles ou grains de bois, exclusivement utilisé par les hommes pour se relaxer ou pour passer le temps. Le rebetiko qui a gagné aujourd’hui une grande popularité, est aussi et surtout une musique qui se chante. La Grèce ayant connu une forte immigration (Amérique, Australie notamment) il est devenu un sujet de recherche à travers le monde.

Document Grèce/Françoise Batardon

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